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Le Pulsoconn du Dr. Macaura

Trouvaille de grenier , il est dans sa boîte et en très bon état bien que pratiquement centenaire.

Petite histoire.

Informations fournies par : Martin JP. : Le Pulsoconn du Docteur Macaura. Clystère (www.clystere.com), n° 19, 2013.

Un Américain, le Dr Gérald Georges Macaura, dont la biographie comporte pas mal de zones d’ombres, mit sur le marché un appareil vibrant appelé « Pulsoconn ».
Il prétendait soigner les maladies en activant la circulation du sang.
Son Pulsoconn connut un vif succès. Il en vendit des dizaines de millier. Macaura fut condamné pour charlatanisme et emprisonné en 1914.

Gerald Joseph Macaura.

On connait peu de choses de cet Américain. Docteur en médecine diplômé de l’Université de Chicago (en tout cas c’est ce qu’il affirmait), il émigra en Angleterre en 1904. Il eut une vie agitée, changeant d’adresse autant que de statut. Il revendiqua sur les notices accompagnant ses appareils son appartenance au « Royal institute of public health » de Londres et ouvrit son « Macaura Institute » dans diverses villes européennes.
Le Pulsoconn fut inventé par le Dr Gérald Georges Macaura et fabriqué dans son usine, la « British Appliance Manufacturing Company », basée à Leeds. Invention américaine, le premier modèle complet de Pulsoconn aurait été réalisé par l’un des experts en mécanique de Thomas Edison. Différents modèles furent vendus, les plus anciens étant datés de 1880 (probablement usinés aux Etats-Unis), les plus récents de 1920 environ.

Les deux modèles de ma collection.

Le Pulsoconn.

Empruntons au Pr. Pitres de Bordeaux, la description du Pulsoconn qui fut citée lors d’une procédure à l’encontre de Macaura, accusé d’exercice illégal de la médecine et d’escroquerie.
C’était un appareil breveté composé essentiellement d’une manivelle dont le mouvement de rotation, transformé par un mécanisme très simple en mouvement rectiligne alternatif à oscillations rapides se transmettait à une tige terminée par un plateau. Ce plateau vibrant à la fréquence de 2000 à 5000 / minute était appliqué en différents points du corps souffrant. L’effet était modulé par la vitesse de rotation de la manivelle et la pression d’appui sur la peau.
Il y a 3 réglages possibles sur le plateau moyennant changement de place du contrepoids.

Le plateau pouvait être équipé d’une sorte de ventouse en caoutchouc (le Rubber plunger) dont deux sortes étaient livrées avec l’appareil. Vendu initialement sous son nom anglais de « Macaura blood circulator », il attaqua le marché européen sous la dénomination de « Pulsoconn ». Certains ont suggéré que ce nom était un clin d’œil au mot français « con », le sexe de la femme (des chansonniers ont écrit que le Pulsoconn, à défaut d’être efficace dans les maladies, l’était beaucoup plus, à la grande satisfaction de ces dames, en applications sur leurs parties génitales !), tout autant qu’aux « cons » qui étaient assez stupides pour l’acheter.

Pour Macaura, qui ne semblait pas avoir une grande connaissance de la physiologie (était-il réellement médecin d’ailleurs ?), les maladies étaient la conséquence d’un défaut de nutrition des parties affectées, conséquence d’une mauvaise vascularisation. Tout le traitement reposait sur le rétablissement de la circulation sanguine dans les parties malades, le Pulsoconn faisant circuler le sang qui était, selon Macaura, fabriqué dans … l’estomac ! Le Pulsoconn ne se contentait pas d’activer la circulation superficielle, il était également capable de stimuler celle des viscères profonds. Si le Pulsoconn ne prétendait pas guérir les cancers ou les phtisies évoluées, son champ d’application était cependant étendu : rhumatismes, névralgies, névrites, paralysies de toutes sortes, surdité, maladies gastriques, maladies des femmes, etc… Une véritable panacée vibrante.
Macaura n’avait rien inventé. Dès le XVIIIe un certain abbé de Saint-Pierre inventa le complexe « trémoussoir », lien pour lutter contre l’hypochondrie et la constipation. Il se serait inspiré en 1734 d’une expérience menée par le médecin Pierre Chirac sur les vertus du mouvement vibratoire. Supposant que la mélancolie était améliorée non par les voyages, mais par les vibrations produites par le véhicule, l’abbé fit fabriquer le trémoussoir, un fauteuil à ressorts reproduisant les mouvements d’une chaise de poste sur une route cahoteuse. diapason électrique, fauteuil trépidant ou casque vibrant.

Publicité de l’époque.

Pulsoconn : efficacité ou supercherie ?

Les experts du procès de Macaura ne purent que reconnaître que le Pulsoconn, à l’instar des autres instruments vibrants de l’arsenal mécanothérapique, devait avoir une action thérapeutique, puisque l’effet des vibrations sur l’excitabilité nerveuse, le tonus musculaire, certains phénomènes douloureux articulaires ou viscéraux, divers symptômes de conversions hystériques, était reconnu.
La fin de Macaura.
On reprocha plusieurs choses à Macaura, notamment d’avoir présenté le Pulsoconn comme une panacée, avec un argumentaire reposant sur des bases physiologiques erronées, et d’avoir retardé l’application de traitements efficaces chez les malades.
On le convainquit d’exercice illégal de la médecine, son diplôme américain ne l’autorisant pas à exercer en France. Sa plaque vissée au 57 boulevard Haussmann, affichait « Dr Macaura ». Les consultants étaient si nombreux que la circulation était souvent interrompue sur le boulevard Haussman, malgré la présence de deux gendarmes.
Macaura qui ne parlait pas le français se défendit de pouvoir ainsi exercer la médecine. Il avait salarié plusieurs médecins français (Gripon, Lafont et autres) qui soignaient les patients à sa place, à Paris et à Bordeaux. On retrouve également Macaura et son institut à Toulouse, rue Bayard, en août 1912, où, malgré la plainte déposée par le syndicat des médecins de la Seine et quelques clients, il vendait quotidiennement une grande quantité de Pulsoconn. Il ouvrit des instituts en Allemagne, en Belgique, en Suisse et fit des démonstrations publiques au cirque et au casino de Paris. Il galvanisa 20000 personnes au Royal Albert Hall de Londres en décembre 1911.
Dans une déposition du 16 juillet 1912, Macaura affirma que son appareil n’était pas médical et ne permettait que de faire de l’exercice et de faire circuler le sang. Il ne prétendait guérir aucune maladie, ce qu’infirmait le contenu de son Livre pour la santé, opuscule d’une soixantaine de pages tout entier rédigé à la gloire de l’instrument.
Macaura fut arrêté en 1912 et emprisonné à la Santé dont il sortit le soir même contre une caution de 50.000 francs (soit près de 150000 euros). Cette caution en dit long sur la fortune accumulée par Macaura. En 1913, il passa en correctionnelle avec six médecins de son institut du boulevard Haussmann pour escroquerie et exercice illégal de la médecine. Il fut con-damné le 14 mai 1914 à 3 ans de prison et 3000 francs d’amende pour escroquerie, et neuf médecins eurent des peines de deux mois à un an de prison pour complicité.
Comme d’autres charlatans à la même époque, Macaura avait organisé un véritable réseau commercial qui s’appuyait sur une communication agressive. Conséquence du succès, Macaura fabriqua également des Pulsoconn dans des ateliers français à qui il passa commande de 40000 unités en 1912.

La célébrité du Pulsoconn, dont il est très facile de trouver des exemplaires en parfait état de marche en brocante ou sur les sites d’enchères, a inspiré le milieu des arts. Un film satirique intitulé « Gavroche et le Pulsoconn » fut réalisé en 1913 par Roméo Bosetti, pour la Société française des films et cinématographes Eclair, l’affiche d’Auguste Laymarie montrant un vieillard plâtré abandonnant ses béquilles alors que son valet actionne un mécanisme à manivelle qu’il porte en ceinture. Il inspira également les chansonniers.
BIBLIOGRAPHIE
Thoinot L. : L’affaire Macaura, exercice illégal de la médecine et escroquerie. Annales d’hygiène publique et de médecine légale, série 4, n° 24, 1915, 97-109.
Thoinot L. : L’affaire Macaura, exercice illégal de la médecine et escroquerie. Annales d’hygiène publique et de médecine légale, série 4, n° 24, 1915, 208-222.
L’arrestation de M. Macaura. Paris Médical, la semaine du clinicien, 1912, n° 8, partie para-médicale, p 47.
Le Docteur Macaura en correctionnelle. Paris Médical, la semaine du clinicien, 1913, n° 12, partie paramédicale, p 696.Delon : Causerie du docteur. Exercice illégal de la médecine. Le midi socialiste, n° 1225, 2 Août 1912
Lebrenne J. : Conseils aux ouvriers. Le combat, n° 22, 30 mai 1914.
Anonyme : La guerre à la maladie en France et en Belgique. Intéressant article sur le plus agent curatif des temps modernes. La Croix, 29 janvier 1912.
Anomyme : Le Dr Macaura quitte sa redingote et se met à l’œuvre. Il dirige la fabrication de ses Pulsoconn dans une usine de Paris. La Croix, 11 mars 1912.
Anonyme : Tribunaux. Le président Monier prend une décision concernant le Docteur Ma-caura. La Croix, 7 février 1912.
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Martin JP. : Le Pulsoconn du Docteur Macaura. Clystère (www.clystere.com), n° 19, 2013.